Silvia Majerska

Écume

Tu veux quitter les hommes pour toujours. La vague aussi fuit la mer, mais elle revient à chaque fois. Puis il est des jours où elle ne s’y essaie même plus.

Et la mer, elle, paraît si seule que tu as envie d’appeler tous ceux que tu connais et rire avec eux ne serait-ce que de tes étranges comparaisons.

Si seulement leurs sourires n’étaient pas blancs comme l’écume… C’est comme si finalement la mer montrait ses dents à quelqu’un…

 

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Cactus

 

Pourquoi cette hostilité perpétuelle, tu ressembles à un cactus, on dirait que lui aussi cache quelque chose de très précieux.

 

Tu me laisses nager à tes côtés, mais on ne boira pas de la même coupe.

 

Mais l’eau a certainement d’autres projets, et plus ambitieux. Or ce n’est pas parce qu’elle serait capable de les penser, mais parce que la pensée même n’est autre chose que de l’eau.

 

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Veines

 

Les veines, mes fleuves verticaux intérieurs, coupent le paysage.

 

Il est si plat qu’on s’en moque ; mais à la tombée de la nuit, c’est lui qui gagne la partie. Car comment défier la profondeur de la Terre? Le paysage la cache bien, la sphère. Qui aurait dit qu’il tourne?

 

Puis, quand je m’endors, et jamais debout, je dessine en rêve les parallèles de toutes les surfaces liquides étendues entre mon oreille et la mer. Je voudrais tant qu’elles se croisent. Et tout ce qui coule, coule soudainement dans le même sens.

 

En haut et en bas, devant et derrière, à gauche et à droite, avant et après, tout est ici et maintenant, et en même temps partout et pour toujours.

 

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