Bleu

 

15

 

*

 

Le bleu de prusse et or, ces deux pigments figurent ce qui dans mon travail relève du plus élevé : l’homme – l’arbre. L’homme s’élève vers le ciel comme un arbre, l’arbre s’humanise – devient vivant. Un homme chante et émeut les arbres, par son chant rend l’arbre à l’immensité de l’univers. Ainsi cette série de monotypes se développe en résonance avec le mythe d’Orphée.

On rencontre une vérité fondamentale dans les mythes. Le mythe d’Orphée est le mythe fondateur de l’artiste. Il représente l’homme en possession d’un don omnipotent, son art anime les arbres, trouble les animaux,  nous ramène à la vie – le don d’émouvoir -, si bien que l’émotion est la finalité première de tout art.

Dans les dix élégies de Diuno, composées par R. M. Rilke au début du XXème siècle, s’accomplit une grande synthèse: une nouvelle mythologie relie l’ancien et le moderne. L’ange, dans son étreinte, nous relie à l’infini.

*

-The blue of Prussia and gold, these two pigments are, in my opinion, the highest: the man – tree. The man rises to the sky like a tree, the tree incarnates – comes alive. The man sings and moves the trees, His songs are experienced through the movement of the tree, its melodies intertwining the branches into the vastness of the universe. So this series of mono-prints develops into euphony with the myth of Orpheus.

We meet a fundamental truth in the myths. The myth of Orpheus is the founding myth of the artist. It represents the man in possession of an omnipotent don, his art anime trees, troubled animals, brings us back to life — the gift of movement, showing that emotion is the main intent of all art.

In the ten elegies of Diuno, composed by R. M. Rilke in the early twentieth century, is accomplished a great synthesis: a new mythology connects the ancient and the modern. The Angel, in his embrace, connects us to the infinite.

 

 

 Silvia Majerska:

Bleu

Les souches d’arbres arrivent jusqu’aux chevilles des passants ; inertes, les racines ne dérangent plus personne sous la terre.

La sève qui montait jusqu’au sommet de l’arbre comme un singe bien musclé, s’évapore très lentement. On dirait une âme que personne ne voit s’envoler et rejoindre les nuages, ces pleureuses inassouvies.

Sous la pluie, quelqu’un applique le bleu. Le blanc tète le pigment au goût de feuille, de pétale, de fruit ; les nuances peuplent l’espace de la tache.

Pendant ce temps-là, vêtu d’un jean bleu plutôt qu’habillé, Orphée descend très haut, jusqu’au vouvoiement.

*
Modrá
Pne siahajú okoloidúcim po členky ; nehybné korene v zemi už nikoho nerušia.

Miazga, čo sa s opicami svižne šplhala až po vrcholky stromov, sa teraz pomaly, nebadane vyparuje. Pripomína dušu, keď opustí telo a stúpa k večne smädným oblakom, ktoré ju hneď aj oplačú.

V daždi niekto nanáša modrú farbu. Biela saje pigment s chuťou ovocia, lupeňov a listov ako dieťa, ktoré saje mlieko. Priestor škvrny obsadili nuansy.

A v tom istom čase Orfeus oblečený v modrých rifliach, alebo džínsoch, zostupuje veľmi vysoko, až k samotnému vykaniu.